jueves

"Historiographies premières" - ANA ROSSI

chant 1
hier présent


hier dans le néant du temps assise
sur le bord de la route
déroute dans la mémoire du temps
abiographie conquise et
le rêve pointa elle le porta

hier en début de soirée
chaude claudicante sous l’ébriété
à l’heure insouciante des petits
douches joyeuses soupers câlins
embrassades goûteuses
sombrent en chemin jusqu’au lendemain

hier chaque activité inscrivit son temps de
latence logique dialogique des cartables
gommes mots rédigés pour la maîtresse
du lendemain répliques douces aimantes

hier ébauche de la semaine à venir
temps du voisinage qui rentre les chaises
jouit jusqu’à la dernière parcelle d’une trêve
encore ajournée

hier les soirs d’été tropicaux lorgnent
sous les arbres des soudaines envies de
partir vers des fenêtres ouvertes qui suggèrent
l’insoupçonnable fraîcheur

hier à l’extérieur le père langoureux
rentre les chaises scrutatrices d’événements
la bise n’annonce rien et le temps passe

hier d’un coup rythmes en suspens
des pas résonnent dans la rue
s’engouffrent dans la fraîcheur retenue
de la maison muselée par le silence
hier en ce début du mois de mars
les terreiros de macumba lancent leurs airs
de fête retrouvent les chants revigorés
qui naissent encore fortifiés
mélopées du chant des déportés africains
esclaves amérindiens ressuscités

hier en ce début du mois de mars
les percussions lancent leurs rythmes
sons armures aux tons enchevêtrés
les gestes scandent la pensée
de cet autre que l’histoire officielle
a étouffé

hier les percussions tambourinent
dans d’autres histoires qui bâillent
l’éternité d’ici et de là-bas roses confluences
du temps sans temps dans le longtemps

hier elle attend sous ce vacarme silencieux
les couleurs de chasseurs tapissent les
heures longuement attendues
enfance est un mot caressant

hier le père chemise blanche à carreaux
vieux pantalon recousu par des mains de
mère disparaît dans l’éternité fourgonnette
anonyme chose sans nommer tout au plus
chanter aux sons des matins écoulés
hier ce soir-là a pour nom disparition
des couleurs clament le ton d’histoires
éveillées sous des souffles en suspens

hier la voiture disparaît le mot absent colle
à la gorge digestion funeste glisse dans
le monde des mots du soir où dans la
chambre devient la plaine du pô transplantée
dans l’hémisphère sud tropicalisé

hier la blessure du père colle à la chaise
odeurs senteurs et ce silence sans épithète
disparaît dans le tourbillon du moteur
aux seize chevaux

hier il répète à ses filles
cet accident faillit embrasser sa vie
lors de la traversée du fleuve tibaji
sa carabine l’autre rive percute
au sol le tir s’en vient se loge haut dans la
cuisse dans le longtemps peinture aux traits
bleus azurés méandres des
fleuves sur la jambe vaste plaine bleuie

hier après la disparition plus d’après
ce poème dresse des échappées du monde
enterré vivant encore sous le temps d’une
invasion la soirée termine vidée de draps las
temps de doutes du tic-tac de l’horloge
familière sous le soleil évanoui dans les
tropiques de naguère

Ce chant 1 constitue le 1er chant du livre de ANA ROSSI,
Historiographies premières, Arcoiris, 2008, pp. 29-31
Pour contacter l’auteur :
www.anarossi.org

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